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Autour de Partita,pièce monumentale exposée au Domaine de Chaumont sur Loire. 2009

Composition silencieuse


A première vue, lorsque l’on aperçoit sa face droite, c’est un monolithe. Un bloc massif, brillant, irisé, translucide et pourtant opaque. Une structure dont la paroi extérieure vibre au hasard du déplacement du regardeur.

A première vue, c’est une béance contrariée, un cube ouvert dont les membranes diaphanes occupant l’intérieur obstruent le regard.

Que l’on arrive d’un côté ou de l’autre, Partita, sculpture de Vincent Peraro, oscille sous la lumière qu’elle reçoit de toutes parts. Il s’agit d’un volume immobile, à l’assise et aux contours bien assurés. Malgré l’impression première de mutisme qui émane des cloisons de résine et de polycarbonate, Partita bruisse, sollicite la vue pour mieux saisir l’ouïe, au sein d’un environnement mi-clos de murs, murets de pierre et de verre des bâtiments. Les éléments qui la composent - faits d’orthogonalité et de courbes - jouent avec la lumière ambiante et développent une forme de musicalité retenue. Rien ne s’entend au-dehors, tout résonne intérieurement. Que le ciel soit aux nuages ou dégagé, que les rayons du soleil soient verticaux ou obliques, le jeu de l’œuvre n’est plus le même.

Tantôt grise, rouge-brun ou bleue, la densité de la résine change d’intensité avec le moment de la journée. Aérienne, Partita peut devenir tout à coup pesante, plus impénétrable. L’épaisseur des espaces s’en trouve également modifiée, passant de l’épiderme à la forme minérale.

L’aspect organique des paliers traversants, du sol et des parois leur donne la mesure du souffle. Comme une inspiration-expiration permanente. Leur enchaînement, dans la hauteur et la profondeur crée un rythme libre, toujours en déséquilibre. Il faut alors re-composer, être à l’écoute des « mouvements » de Partita.

Les dimensions sonores et spatiales ici se rejoignent. Le partage des espaces renvoie à une portée mentale et imaginaire. Le visuel, d’où la pièce tire son origine, parvient à créer un régime de sensations qui débouche vers d’autres étendues.

Pour le spectateur mis en présence de l’œuvre, Partita est une chambre d’écho. Sa composition silencieuse use de la clarté et prodigue des « couleurs » singulières, s’active à la merci d’une observation curieuse, prête à se laisser déborder. Elle nous pénètre en investissant son entourage immédiat. Là se jouent les enjeux de l’échange avec ce corps bien vivant.


Gunther LUDWIG
Ancien directeur du Musée de l’Objet
Commissaire indépendant